» Je crois au paywall, ainsi qu’à la relation avec les abonnés « 

Derrière un seul magazine se tapissent des dizaines de profils. On connaît généralement le rédacteur en chef, mais il existe un autre rouage essential à la mécanique ? Fabienne Willaert, Director Lifestyle magazines chez Roularta, raconte son rôle d’éditeur.  » J’aime les coulisses de la conception d’un magazine.  »

 » Entrepreneur et visionnaire « , répond Fabienne Willaert quand on lui demande de résumer le rôle d’éditeur en quelques mots. Ce rôle, Willaert le remplit depuis près d’un an et demi chez Roularta, où elle est responsable des publications lifestyle du groupe, avec des titres comme Le Vif Weekend, Knack Weekend, Bodytalk et Nest.

 » Responsable « , c’est deviennent plutôt à prendre au sens littéral. Fabienne Willaert ne se contente en effet pas seulement de gérer le portefeuille, mais aussi le P&L. En outre, elle se charge de la collaboration avec la régie et de la gestion des ressources.  » Il faut avoir une vision, définir la stratégie éditoriale avec les rédacteurs en chef, baliser la stratégie de contenu sur les différentes plateformes et, bien évidemment, veiller à développer les différentes marques afin d’augmenter les marges bénéficiaires « , ajoute-t-elle.  » « La diversification est très importante. Il faut être un bon gardien de marque et veiller en permanence à ce que la même image des marques soit véhiculée à chaque instant, sur toutes les plateformes.  »

L’esprit d’une start-up

Cela fait maintenant près de 20 ans que Fabienne Willaert s’investit dans les médias, entre autres comme rédactrice en chef chez Marie Claire, Feeling et Gael. Au total, elle a à son compteur près de 10 ans en tant qu’éditrice. Durant cette période, elle a clairement vu changer son rôle.  » Le job évolue constamment « , dit-elle.  » En tant qu’éditeur, il faut avoir l’esprit d’une start-up. Il faut être à l’écoute de ce qui se passe, bien capter l’air du temps, s’adapter réagir plus rapidement et avoir la capacité d’amener les rédactions à comprendre les nouveaux enjeux.  »

Ces dernières années, aux yeux de Fabienne Willaert, le challenge a surtout consisté à apprivoiser de nouveaux outils pour exister dans le monde digital.  » Aujourd’hui, les lecteurs ont accès à des plateformes intuitives et interactives et attendent plus de leur expérience. Il faut donc plus que jamais un contenu pertinent, adapté à chaque plateforme, et travailler sur différents formats de contenu : vidéos, podcasts, instastories… La qualité journalistique et l’objectivité sont alors essentielles. Sans rédaction, il n’y a pas de contenu.  »

Les podcasts, ces nouveaux blogs

Fabienne Willaert estime d’ailleurs que le travail des journalistes est largement sous-estimé, évoquant tout le travail de préparation avant qu’un article ne voit le jour.  » Je pense à la recherche et à l’investigation pour en arriver au bon sujet et au bon contenu, aux négociations pour décrocher une primeur, au contrôle des sources, à l’écriture pour transmettre une information dans le ton du magazine… Et j’en passe.  »

Il est clair que les journalistes doivent en permanence adapter leur approche. Fabienne Willaert :  » La plupart des magazines, aujourd’hui, sont actifs sur différentes plateformes. A ce niveau, je crois au paywall, ainsi qu’à la relation et à l’engagement avec les abonnés. Je crois en outre aussi en une presse de ‘niche’ et au succès de numéros thématiques qui restent intéressants tant pour le lecteur et l’annonceur que pour les éditeurs, même si l’on en vend moins que les exemplaires d’un numéro ordinaire. A côté de ça, il y a aussi l’émergence du podcast, comparable à la floraison des blogs il y a 15 ans. Pour les journalistes, c’est un nouveau mode d’information. Il n’y a peut-être pas encore de véritable modèle d’affaires derrière, mais je continue à trouver cela très intéressant. Enfin, je crois beaucoup au branded content, qui est aujourd’hui une source importante de revenus, si – et seulement si – c’est fait intelligemment et en adéquation avec la marque…  »

 » J’aime les coulisses  »

Malgré ses vingts ans de métriers, et motivées par les nouveaux challenges du temps présent, Fabienne Willaert entretient une véritable passion pour les magazines.  » J’aime lire, je reste une amoureuse du papier, de son odeur, de son toucher « , avoue-t-elle.  » J’aime les coulisses de la conception d’un magazine, la manière dont les équipes traduisent des concepts et transforment des news en des histoires et articles passionnants, informatifs et pertinents. Chaque semaine ou chaque mois, elles se renouvellent pour offrir au lecteur un moment de détente et d’inspiration. Comme le fait un livre. J’aime par ailleurs entreprendre, identifier des opportunités, développer de nouvelles solutions dans une approche méthodique, tout en respectant l’humain.  » C’est donc comme ça qu’on devient éditeur…

Fabienne Willaert, Director Lifestyle magazines chez Roularta