La colonne de Jorrit

Comment les ‘longreads’ peuvent enrichir les récits magazine.

Chaque mois, Jorrit Hermans pose son regard singulier sur le monde des magazines. Cette fois, il nous parle de sa prédilection pour les ‘longreads’.

Pour gagner en pertinence, un bon article magazine, dans son essence, demande à ne pas faire l’objet de disruptions. Ce qui fonctionne encore et toujours, c’est la force narratrice, complétée de photos mémorables et – surtout – traitant d’un sujet intriguant . Un tel cocktail, on sait que le public le savourera d’office. Dès qu’il en aura pris connaissance par la couverture, le lecteur captivé achètera votre magazine pour découvrir ce qui se cache de beau sous ce voile.

Les médias, qui aujourd’hui se digitalisent entièrement ou combinent le papier et les pixels, peuvent encore amplifier leur force narratrice grâce à la mise en récit numérique. Un texte, imprimé sur papier, peut être fantastique. Cependant, un récit proposé de façon interactive, animée et digitale peut être rendu encore plus poignant qu’il ne l’était déjà. Pourquoi ne pas exploiter les atouts du ‘storytelling’ digital ? Vous pourriez en effet immerger vos lecteurs dans l’ambiance de votre récit tout en  y ajoutant la bande-son idéale. Vous pourriez faire en sorte qu’ils ressentent ce que vous écrivez et que l’émotion dans votre article soit décuplée. Par exemple en en faisant un longread.

Les ‘longreads’ sont de longs articles qui développent un sujet donné de façon détaillée. Ils constituent le format idéal pour raconter des histoires en ligne. Un longread est donc avant tout une interface numérique. Cependant, contrairement au format d’une page ordinaire, c’en est un qui sur le fond renforce la puissance de votre récit.

Pourquoi ? Parce que vous n’êtes pas obligé de vous en tenir aux seules photos, mais que vous êtes aussi libre d’utiliser de la vidéo, de l’audio et de l’animation pour enrichir votre propos. Comme les longreads sont conçus pour défiler, ils sont par définition lisibles, fonctionnels et expressifs pour un public numérique. Dans ce domaine aussi, The New York Times et The Guardian sont des précurseurs avec, outre un tas d’expérience, un niveau inégalé lorsqu’il s’agit du format du longread même. Est-ce difficile ? Hmmm. Pas nécessairement, je pense, car le nerf de la guerre reste toujours un homme ou une femme qui raconte une histoire en béton. Nous aussi en sommes capables. Il est toutefois vrai que nous pouvons généralement viser un peu plus haut…

Tout commence toujours par une bonne histoire. Si la base de votre longread n’accroche pas, vous pouvez être sûr que le reste de votre (long) texte ne le fera pas non plus. Donc, cherchez, creusez et créez. Qu’est-ce qui est unique ? Inédit ? Inconnu ? Intrigant ? Captivant ? Dangereux ? Tabou ? Votre enquête préliminaire en décidera… Commence alors l’écriture, mais en même temps aussi la conception et, surtout, la réflexion visuelle. Car c’est ça la grande force du format.

En fait, les longreads ne sont donc ni plus ni moins que des articles magazine, sauf qu’ils sont éventuellement un rien plus longs. Ils constituent ainsi un joli contrepoids à l’information rapide qui, sous la pression des sites d’information et des médias sociaux, semble bouleverser le monde média tout entier. J’ai en tout cas des centaines de longreads dans ma liste de lecture qui n’attendent qu’à être lus…

Jorrit Hermans Jorrit Hermans

Head of Story chez Quick Brown Foxes

 

 

 

 

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