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Art Director’s Words : Christelle Lucats

L’Art Director joue un rôle crucial dans l’élaboration d’un magazine. Et pourtant, le rédacteur en chef lui fait souvent de l’ombre. Magazinemedia.be a voulu  y remédier. Nous collons un visage sur les Art Directors de chez nous et leur demandons leur opinion. Cette semaine : Christelle Lucats, Art Director chez de Persgroep Publishing.

Quel est en ce moment votre magazine favori et pourquoi ? CoverGlamour

Glamour. J’aime tout simplement jeter un œil dedans parce que la mise en page regorge de détails sympas. Si je choisis ce titre, c’est donc plutôt de par mon métier et moins pour le contenu. De toute façon, il m’est devenu très difficile de me plonger dans un magazine tout en faisant abstraction de la mise en page. C’est devenu presque impossible.

Quelle page, rubrique ou couverture magazine est la plus belle jamais réalisée et pourquoi ? 

La 100ème édition de Linda aux Pays-Bas. Réunir cent femmes sur la couverture : j’ai trouvé ça une super idée. Pourquoi ? L’idée était fort originale. J’ai l’ai trouvée saisissante, en tant que femme je ne pouvais pas rester insensible. Ça cadrait parfaitement avec l’ADN du magazine. Et l’exécution était magnifique.

Quelle est votre formule de mise en page secrète ?

Partir de l’histoire. Donc d’abord bien lire et comprendre quel doit être le message. Ensuite, je réfléchis à comment le faire passer au mieux : avec quel sentiment l’étayer ? A partir de là, je choisis l’image, la police de caractère, la taille de police et la palette de couleurs. Si on travaille à l’envers et qu’on part librement d’une création graphique, on n’a pas de balises, et donc pas d’inhibitions non plus. On peut encore partir dans tous les sens. Donc aussi dans le mauvais. On court le risque de créer un bel ensemble, certes, mais aussi que le message ou l’histoire ne ressortent pas du tout.

Quel le rapport idéal entre le texte et l’image dans une double page pour le titre pour lequel vous travaillez ?

En tant qu’Art Director je chapeautais plusieurs titres, donc ça variait. Disons que les espaces blancs qu’on utilise sont en proportion avec le sérieux, le style ou l’impact qu’on cherche à dégager. Si vous cherchez à commercialiser un magazine familial en voulant surtout mettre en exergue que vous apportez beaucoup, qui plus est à petit prix, alors il faut aussi le mettre en page de cette façon. Ici, vous n’utiliserez pas beaucoup d’espaces blancs, car le magazine en deviendrait plus léger, moins animé et plus réservé. Si vous voulez l’autre extrême, vous utiliserez beaucoup de blanc. Généralement, ça fait plus chic, plus réservé et vous obtiendrez plus de sérieux.

 » La direction artistique pour le digital ne diffère en rien de celle du print  » : d’accord ou pas d’accord ?

Je trouve que c’est totalement faux. Même si je dois avouer que jusqu’à l’an dernier je partais de ce principe. Jusqu’à ce que je me sois mise à analyser mon propre comportement de lecture et de surf. Aujourd’hui, je suis d’avis que les gens lisent différemment sur Internet. Ça doit aller plus vite et on s’attend à ce qu’il y ait de l’interaction. Ce qui fait qu’en ligne, un stylisme froid et vide est perçu de façon totalement différente qu’en print. Ici, le choix des images, des polices de caractère et des couleurs est également différent. D’autres normes prévalent.

 » Une mise en page doit être uniforme dans tout le magazine  » : d’accord ou pas d’accord ?

Il faut rester dans le style de la maison, oui. Mais il faut pouvoir être créatif, marquer les esprits pour capter l’attention. Vous ne m’entendrez jamais dire des choses comme ‘ça, nous ne le faisons jamais’. Il y a toujours de la marge pour une première fois, de nouvelles choses. Ce qui ne signifie pas que tout fonctionne d’emblée dans chaque style…

Quelle est la différence majeure, au niveau du lay-out, entre un titre grand public et un magazine de niche ?

Un titre niche est moins général et donc plus axé sur l’aspect contenu. On a moins besoin d’appâter. Cela signifie aussi qu’on peut mettre en page de façon plus pure. On est plus proche de ce qui est perçu comme ‘beau’. Pour ma part, je crois qu’il est plus ‘agréable’ pour un art director de façonner un titre niche. Cela peut davantage se faire selon les règles esthétiques de l’art. On peut donc plus souvent faire montre de son talent. Ça confère plus de prestige. On ne gagne pas de prix avec les titres grand public. Et pourtant, j’ai toujours eu le virus des magazines grand public parce qu’ils sont plus nerveux et qu’ils constituent (pardonnez-moi le terme ici) un plus grand défi.

Christelle Lucats

AD de Persgroep Publishing

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